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Du point de versatilité du sens

« Au commencement était le Verbe. » C’est peut-être la plus grande illusion de l’humanité. Avant le verbe, il y eut le symbole. Avant le symbole, le signe. Avant le signe, la perception. Avant la perception, la forme. Avant la forme, la matière et la matière n’a jamais cessé de produire des formes.

Le vivant est une expression autonome de la matière. Cette autonomie est inquiète. Une odeur devient une alerte. Une ombre devient une menace. Une présence devient une proie ou un prédateur. Attribuer du sens est une nécessité du vivant.

Par nature, une forme est dépourvue de sens ; cette vacuité autorise une infinité de possibles. Entre le vivant et une forme émergente, il y a un point particulier que nous appelons point de versatilité du sens. Le point se situe exactement à l’instant où, face à une forme, le vivant est obligé d’engager un sens. Il n’y a pas de vide dans le vivant. Donner du sens, c’est dominer son environnement. Vivre est, à cet égard, un point de vue.

La forme est un espace.Le sens que lui prête le vivant en est le temps.

La perception, la fonction symbolique, la pensée, le langage et la connaissance nous rendent le monde survivable. En tant qu’humains, nous sommes à l’acmé de cette capacité de donner du sens à ce qui nous entoure. Nous avons oublié qu’aucune signification n’épuise jamais la forme dont elle procède. Nous cherchons à retirer à toute signification la prétention d’être définitive. Nous cherchons à remettre les formes en jeu, à les rendre disponibles, à l’encontre de l’évidence qui les avait enfermées. Depuis la virginité d’une forme, on peut rebâtir tout un monde.

Nous commençons donc par la photographie. Nous resserrons le cadre pour approcher le point de versatilité du sens. C’est à partir de ce point que nous pouvons réengager un sens dépouillé de l’assignation qui le précédait et remettre ses possibilités en circulation.

La réalité augmentée donne une trajectoire. Les textes entraînent des bifurcations. Le son ouvre l’insensé. Fresques vidéo et dispositifs immersifs prennent en charge tout cet espace pour ramener le spectateur à la nécessité de comprendre ce qui advient. Chaque médium ajoute moins une information qu’une possibilité. Le spectateur se rassure avec l’histoire qu’il en retient.

À travers Effractions en paysages différés, AnthropoScènes, Mon sang est jaune, Lithomnesia et la trilogie Hominines, nous explorons comment défaire l’assignation de significations aux formes pour rouvrir leur disponibilité.

BIOGRAPHIE

Notre duo (Chantal et Jean-Pierre) s’est formé autour de l’image. Nous venons de deux parcours qui pour être différents n’en sont pas moins très complémentaires et surtout nourris du désir partagé de renouer avec une activité de création.

Chantal Capelli s’est d’abord formée comme ingénieure en travaux publics avant de rejoindre l’École des Beaux-Arts de Lyon. Enseignante puis graphiste, elle a ensuite dirigé le service graphique d’Euronews.

Jean-Pierre Maillet a suivi un cursus en sciences du langage et lettres classiques, complété par une formation à l’IAE de Grenoble. Il a abordé l’art en autodidacte au début des années 80, avant de mener une carrière de manager chez Hewlett-Packard puis de devenir consultant indépendant.

Nous avons créé l’association AliceA pour donner un cadre à nos premières productions communes : clips musicaux, films pour des associations, des artistes et des entreprises, créations vidéo pour le théâtre.

En 2022, notre pratique bascule. Nous cessons de produire pour d’autres et nous nous engageons entièrement dans un travail d’auteur, avec le désir de développer notre propre projet artistique. La photographie et la vidéo en constituent les premiers terrains. Elles se prolongent naturellement par l’écriture, la sculpture, le son, la réalité augmentée et les installations numériques.

Notre production en tant qu’auteurs est récente. Nous la voyons comme un commencement. Au cours de ces premières années, nous avons créé, expérimenté, multiplié les formes sans chercher à les inscrire dans une démarche définie. Le corpus ainsi constitué nous a permis d’identifier ce qui traversait nos travaux et d’en accepter la dimension artistique. En laissant nos projets se déployer intuitivement, nous avons fait émerger le sens de notre pratique.

Adossés à cet axe d’exploration du sens, notre direction est claire et ouverte à une multitude de projets. Il y a beaucoup à écrire en creusant cet instant où, dans sa rencontre avec le vivant, une forme commence à faire sens, et la manière dont une œuvre peut en faire diverger les possibilités.

Associés.es

Philippe Madile

Musicien / compositeur, pianiste de formation, prix de l’Institut Dalcroze de Genève et titulaire d’un DEA de musicologie, il s’oriente vers la composition électroacoustique au CNR de Lyon. Titulaire du CA, il enseigne les claviers à l’Ecole Nationale de Musique de Villeurbanne durant 30 ans. En tant que compositeur et instrumentiste il participe à de nombreuses créations pour le théâtre, la danse et l’image. Il travaille entre autres pour la Cie Maguy Marin et réalise des ciné-concerts avec notamment Fabrice Lauterjung et Philippe Vincent pour la Brecht Factory. Il participe également au projet IMPUR de Fred Frith lors d’une résidence du guitariste à Villeurbanne. Passionné par le cinéma et les recherches musicales, il continue à expérimenter et explorer de nouveaux territoires.

Patrice Vandamme

Directeur artistique de la compagnie Les arTpenteurs

Comédien, metteur en scène. Conception et dramaturgie de spectacles (écriture de spectacles, montages, adaptations)

Dans ses réalisations la compagnie se confronte aux écritures contemporaines et classiques, expérimente des formes pluri-artistiques singulières. Les créations Théâtre et Lecture sont tournées vers toutes les formes de littératures, et donnent une large place à la poésie et aux langues. (Une cinquantaine de spectacles). 

Dans sa démarche la compagnie va en direction de tous les publics, particulièrement ceux pour qui la pratique culturelle ou artistique ne va pas de soi, ancre son travail dans les quartiers populaires dans la durée, où elle réalise des projets impliquant des personnes de toutes générations. (Diffusion de spectacles, organisation de temps forts culturels, action culturelle, éducation artistique)